
PROJET EN COURS : PARTICIPEZ Á SA CREATION ET SON EVOLUTION
Une revue de référence sur les questions de citoyenneté est en cours de création.
- Espace de réflexions, de propositions, d’analyses et d’expériences concrètes - est en cours de création.
- Carrefour novateur entre des secteurs d’activités trop segmentés en France - médias, entreprises, institutions, associations, ONG… - la Revue civique (et européenne) vous intéresse, comme la citoyenneté vous concerne.
- Comme vous le lirez, les séquences ou les rubriques conçues sont diverses, ouvertes, et évolutives. Si cette démarche civique et d’ouverture vous intéresse, et si vous voulez y participer d’une manière ou une autre, contacter nous via la rubrique “exprimez-vous”.
L’édito
Pour une pédagogie renforcée du civisme et de l’ouverture…
Sans que cela apparaisse toujours, la «question civique» représente sans doute l’un des grands enjeux d’évolution pour nos sociétés démocratiques. Dans un monde ouvert à tous types d’influences - à la fois anciennes et nouvelles, bonnes et mauvaises - ce qui peut faire unité autour des valeurs essentielles de notre espace démocratique participe d’une actualité et d’une modernité bien plus fortes que ce qu’on pouvait imaginer il y a encore cinq ou dix ans.
Qu’est-ce qui fait - ou peut mieux faire - unité et respect (des règles, des autres) dans les sociétés modernes où l’individualité et la diversité sont, à juste titre, promues ? Qu’est-ce qui peut faire conscience collective alors que les liens et les destins fondés sur les volontés individuelles ou les appartenances communautaires (liées au travail, à l’origine, à la culture, à des apparentements divers) sont, pas toujours à mauvais escient d’ailleurs, jugés prioritaires ?
Restera toujours, dit-on, une certaine idée de l’intérêt général. Idée forcément subjective, sans cesse soumise à débats, et à renouvellement démocratique. Il y a aussi, et c’est le sujet à explorer avec de nouvelles lunettes, une idée du civisme qui, elle, perdure. Elle relève non pas d’options ou d’opinions mais d’une forme de régulation ou d’obligation, juridique ou morale, qui fait qu’une société peut «tenir» en cohérence, le civisme s’appliquant en fait à tous types d’activités, individuelles et collectives: personne n’en est heureusement propriétaire mais chacun - dans la cité, dans l’entreprise, dans sa sphère d’action spécifique ou son domaine de compétence particulière - a un rôle pour faire «lien» (quand les tensions s’exacerbent), pour faire «civisme» (quand les individualismes montent), pour faire «civilité» (quand les agressivités menacent) ou pour faire «culture commune» (quand les fondamentaux du «vivre ensemble» sont mis en cause) dans ce précieux espace «démocratique et laïc» évoqué - et garanti - en préambule de notre Constitution.
Mais au-delà des garanties juridiques, on le sait, les opinions et comportements peuvent rudoyer les idéaux démocratiques... C’est pourquoi la «question civique» est aussi à réfléchir en lien avec les pédagogies de l’ouverture, également indispensables au développement de toute société moderne. Tout comme que le civisme n’est chose naturelle, le principe d’ouverture n’est pas un fait acquis. Il est même régulièrement mis en cause et donc à défendre activement, y compris au sein de la vieille (et apparemment solide) civilisation européenne.
En France, on voit bien que le principe d’ouverture est pour le moins à consolider ces temps-ci… Qu’il s’agisse de l’ouverture aux autres, à l’Europe, à la mondialisation, à la diversité culturelle ou à l’initiative économique, à la différence qui dérange ou aux évolutions qui changent les habitudes, on peut aisément mesurer que l’esprit d’ouverture, qui fait la force et le rayonnement d’un pays, est parfois sapé à la base par des tendances qui peuvent dangereusement se conjuguer ou s’alimenter et qui s’appellent replis identitaires, crispations sociales, intolérances débridées, fragmentations communautaires, incivilités diffuses, violences urbaines, nihilisme multiforme, extrémisme pluriel et flamboyant…
La France est pourtant un grand pays, majoritairement et, de fait, ouvert, prospère, généreux. Un pays placé dans une situation très enviée dans une très grande partie du reste du monde. Mais l’histoire récente montre qu’une crise profonde, d’abord d’identité - crise civique et culturelle davantage que crise économique et sociale - remue douloureusement le pays en profondeur, produisant des «chocs» à répétition, tous symptomatiques.
Avril 2002 : fracassante irruption de l’extrême droite au second tour de la présidentielle. Mai 2005 : large majorité pour opposer un «Non» à dominante protestataire au projet de constitution européenne. Novembre 2005 : furieuse flambée des banlieues, état d’urgence et couvre-feux… Combinaison d’événements composites - sans parler des manifestations de rue, ni des bourrasques des «affaires» ou encore de l’ultra-personnalisation (la «peoplisation») de la vie politique, manifestation de sa perte de substance - le tout créant pour le moins un malaise… Une inquiétude aussi quant aux difficultés françaises à poser les vraies questions (relevant de la réalité et non de l’idéologie ou de la théâtralité), à relever les vrais défis et à tracer des perspectives nouvelles pour une société nécessairement - et heureusement - ouverte au reste de l’Europe et du monde, lui-même en constante évolution.
En effet, et c’est aussi l’objet du Cercle civique d’y réfléchir et de la Revue civique d’y contribuer, il s’agit de faire utile contre-feu, en terme de communication et de pédagogies : les démagogies, les idéologies et les illusions ont en effet acquis, au fil des ans - et des activismes - une place de choix dans notre pays, réussissant à imprégner le champ de pensées des décideurs et de l’opinion. Activisme «altermondialiste» et ultra-gauchiste ici, pulsions populistes, ultra-nationalistes et extrême droitières là, les franges radicales exultent, prospèrent sur les raccourcis et leurs impacts spectaculaires, prenant régulièrement en étau les courants modérés, en situation trop souvent défensive (ou timorée) à gauche comme à droite.
Allergique à toute forme d’extrémisme, délibérément opposée aux idéologies radicales et débordantes qui jouent des populismes, le Cercle civique et la Revue en cours se posent en simple – mais très opportun - carrefour d’idées, d’analyses, d’expériences et d’informations, comme un lieu de réflexion et d’impulsions destiné, en dehors de toute idéologie ou esprit partisan, à promouvoir les pédagogies actives du civisme et de l’ouverture. Elle souhaite tourner ses regards, notamment autour de trois axes éditoriaux, trois «séquences» : 1) la séquence du «civisme républicain» pourra explorer un ensemble de questions qui mettent en jeu le pacte démocratique et républicain français, questions qui renvoient notamment aux enjeux de l’intégration, de la diversité culturelle, des discriminations et de la laïcité. 2) la séquence du «civisme européen» (et mondial), qui évoquera les réalités qui nous entourent en Europe et les échanges qui nous concernent à l’échelle de l’Europe et, heureusement, du monde. 3) la séquence du « civisme médiatique», qui traitera des questions de fond soulevées par l’activité des médias, notamment des télévisions; en particulier dans leur rôle de vecteur essentiel des représentations collectives.
Le tout sera bien sûr ouvert à d’autres «entrées» et thématiques, à diverses contributions liées aux initiatives concrètes de promotion de l’esprit civique et d’ouverture (menées par exemple par des collectivités, des entreprises, des associations, des institutions…), en France ou ailleurs. La règle du Cercle civique et de sa Revue - un esprit de liberté pouvant relever de ce qui est devenu un anticonformisme «néo-aronien» - étant d’ouvrir les fenêtres, d’éviter le cloisonnement traditionnel, d’écarter les débats étriqués, les aveuglements idéologiques ou partisans. Cet espace sera ainsi ouvert à des acteurs de «mondes» trop souvent séparés, comme ceux des médias, de l’entreprise, des institutions, de la culture... En cela, ces lignes d’ouverture auront une vocation de «décloisonnement» des esprits. Un premier acte civique, qui est déjà en France d’utilité publique!
Jean-Philippe Moinet |